La tâche n’était pas aisée.
Pour cette nouvelle édition de La Fabrique de l’info, notre rédaction s’est attaquée à un sujet aussi essentiel qu’épineux : la nuance dans le journalisme.
Un thème qui arrive à point nommé. En ce début octobre, les mobilisations lycéennes et étudiantes battent leur plein, l’élection présidentielle de 2027 se profile et les conflits armés continuent de déchirer le monde. Autant de sujets sur lesquels les positions se cristallisent.
« C’est bien beau, ces jeunes qui manifestent, mais quelle violence ! Vous avez vu toutes ces poubelles qui brûlent ? » « Tu as vu ces enfants morts en Israël ? Tu soutiens les terroristes palestiniens ? » « Mélenchon, c’est un antisémite ! Moi, l’année prochaine, je vote Le Pen ou rien ! »
Ces phrases, vous les entendez peut-être au quotidien. Nous aussi. Elles viennent d’un voisin, de notre famille ou même d’ami·es proches. Elles réduisent des situations complexes à des oppositions binaires, des discussions à des prises de position irréconciliables, et enveniment le débat. Du tout ou rien. Du noir et blanc.Ces idées, ces certitudes qui nous habitent, ne tombent pas du ciel. Nous écoutons et lisons au quotidien des histoires : celles de notre société, de l’actualité. Des récits qui peuvent être racontés de mille manières différentes.
Des récits portés par les journalistes. Mais quel est leur rôle ?
À l’heure où la défiance envers les médias s’intensifie et où l’attention se fragmente, comment rendre compte du monde sans en gommer la complexité ? La nuance est-elle synonyme de compromis, ou de compromission ? Laisser s’exprimer toutes les voix, n’est-ce pas parfois banaliser l’intolérable ?
Invité d’honneur de cette édition, Didier Pourquery, journaliste de renom ayant officié au Monde, à Libération, aujourd’hui président de The Conversation France et auteur de l’ouvrage Sauvons le débat : osons la nuance (Presses de la Cité, 2022), identifie cinq grands ennemis de la nuance journalistique : la défiance, l’émotion, l’urgence, la violence et, le pire de tous, l’arrogance.
En tâchant au mieux de nous prémunir de ces écueils, nous, étudiantes et étudiants en Master 2 de journalisme, avons exploré la question de la nuance sur des thématiques variées : du dessin de presse au traitement de la guerre en passant par les affaires judiciaires…
Si Didier Pourquery défend l’ouverture d’esprit du journaliste sur son terrain comme rempart à la polarisation, à notre modeste échelle, nous voudrions proposer un autre garde-fou : le collectif.
Penser contre soi, c’est penser avec les autres. Pendant deux semaines, nous avons réfléchi, débattu, et remis en question nos certitudes. Ces échanges ont fait naître une nuance précieuse. Celle qui nous rend individuellement meilleur·es.
Ces 20 articles ne prétendent pas apporter une réponse définitive. Ils sont là pour ouvrir la réflexion sur notre rapport à l’information et notre future pratique professionnelle
Florian Escoubet et Aline Scherfling, rédacteur·ices en chef

