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Locales (em)pressées

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Locales (em)pressées
24 heures chrono
Ambitieux malgré tout
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Le journal du coin, il parle de tout ce qui vous concerne. Vie associative, dossiers municipaux, activités culturelles, faits divers. Sans lui, pas de quoi feuilleter local en buvant son café. Et pourtant, les lecteurs ne se doutent pas que derrière leur feuille de chou habituelle se cachent des problématiques économiques de premier ordre. Absence de temps, problèmes de moyens et d'effectifs, les agences accumulent les difficultés. À Paris Normandie ou La Provence, les journalistes font leur métier tant bien que mal.


24 heures chrono à Vernon

Paris Normandie à Vernon, ce sont deux journalistes pour 20 000 habitants. L'urgence est au centre de leur travail. Pour eux, réussir à sortir un journal tous les jours, c'est presque un miracle.

« Le matin c’est desk. Oui, il faut bien répondre au téléphone. » Les sourcils froncés, Benoît, 27 ans, parcourt, corrige, reformule le papier d’un correspondant. « Certaines copies sont assez imbuvables », sourit-il.
Lui, la locale, c’est son truc. Il a débarqué à Vernon (20 000 âmes) pour Paris Normandie, il y a un mois. « Pour faire un boulot parfait, il faut du temps. Mais le temps, ici, on ne l’a pas ». Car être localier, c'est d'abord être soumis à un tempo intensif. À Vernon, l'agence n'est même pas dotée d'une secrétaire. « En fait, les journées se ressemblent, sauf en cas de gros fait divers. La première chose, le matin jusqu’à 11h, c’est de finir le journal du lendemain : on boucle nos six pages à midi. Pour cela, on relit et on met en page tout ce qu’on reçoit. Il faut parfois remettre en cause toute la maquette prévue en raison de problèmes de délais avec le réseau de correspondants. L’après-midi, nous nous consacrons à nos rendez-vous, reportages et écriture. Il faut aussi contacter les correspondants pour répartir les tâches de la semaine qui suit. Et puis, on recommence ce qu’on faisait le matin, c’est-à-dire corriger les papiers qui affluent. Vient l’heure de faire les maquettes pour préparer le journal du surlendemain. Une sacrée perte de temps. En ce moment, je fais du 9h-19h, mais les journées chaudes, c’est 9h-21h30. »

« Les thés dansants ne font pas vendre »

Résolu, il voit l’écart se creuser, au fil des années, entre les locales isolées et et les agences régionales. « Fatalement, les locales isolées publient de moins en moins d’enquêtes. Au Télégramme on était plus nombreux. Cela permettait de confronter les points de vue et de traiter les sujets à fond. A Vernon, Paris Normandie n’a pas de concurrent, et donc moins de pression. Et plus la capacité de travail est faible, plus la qualité du journal est pénalisée. La plupart du temps nous sommes deux pour publier six pages par jour. Les périodes chargées, c’est très intense. »
A ses yeux, un constat s’impose : trop de compte-rendus, pas assez d’annonces et d’analyses. « Du coup, nous sommes en position de retrait par rapport à l’actualité. Il faut apprendre à anticiper, à être plus réactifs. » A Vernon, au grand désespoir du journaliste, pas de flux continu de dépêches, pas de concurrent pour se tirer les cheveux mais juste des invitations envoyées par des associations et la mairie. « C’est déjà pas mal, mais les thés dansants ne font pas vendre», se moque Benoît. « Ce qu’il faut, c’est trouver des sujets à déclinaisons locales, avec des thématiques qui ne sautent pas aux yeux, pour ne pas tomber dans la facilité». Oui. Voilà ce qu’il faut. La solution, tout le monde la connaît. Mais le temps manque, toujours.



« Seulement 24 heures dans une journée »

Frédérique est la chef d’agence de la locale de Vernon depuis maintenant deux mois. « Tout est dans l’urgence, la place de l’enquête est limitée vu qu’il n’y a que 24 heures dans une journée », plaisante-t-elle. Elle arrive au journal à 7h30, juste assez tôt pour réussir à traiter les brèves et les mails des correspondants avant que les coups de téléphone ne pleuvent. « Les enquêtes journalistiques, on les réalise quand on peut. Le résultat est généralement honnête sur le fond mais toujours fait sur le feu. »
L'urgence, le mot revient encore et encore. Certains jours, Frédérique n'écrit pas une ligne dans les six pages qu'elle produit tous les jours. Il ne lui reste plus que le soir et les week-ends pour faire ce qui est à la base de son métier : la rédaction. Alors les enquêtes... « On peut prendre maximum deux heures pour le reportage et deux heures pour la réalisation. Jamais plus ! Il arrive qu’avec du recul, je me rende compte que j’aurais pu traiter un sujet différemment, avec plus de fond… mais faute de temps…Quand on veut approfondir un sujet, il faut se détacher vraiment des contingences, c’est-à-dire de l’agenda, des brèves et du secrétariat de rédaction. »
Frédérique doit aussi rendre des comptes à la direction à Rouen, au moins une fois par semaine. Mais là encore, pas le temps : « Depuis deux mois que je suis chef d’agence je n’ai pu faire que deux réunions. »

Frédérique est chef d'agence.

Un miracle de sortir le journal chaque jour

Alors, comment font-ils pour sortir un journal tous les jours sans défaillir ? La chef d'agence souligne le rôle joué par les petites mains des locales : « Sans les correspondants, cela ne pourrait pas se faire. Ils forment un réseau fiable, efficace, précieux et sérieux. C’est une mine d’informations et ils sont les ambassadeurs sur place de Paris Normandie. Ils contribuent très fortement au miracle de sortir un journal chaque jour. Sans eux, ça ne serait pas possible, les locales ne tourneraient pas. »
Frédérique soupire. Cela fait huit ans qu'elle est journaliste. Elle a connu l'âge d'or, le temps où Paris Normandie était à Mantes-la-Jolie. Depuis, les ventes du journal s'effondrent inexorablement ainsi que les moyens alloués aux locales. Le boulot reste le même mais avec de moins en moins de journalistes pour le faire. Pour elle, c'est clair : « On a atteint un seuil maximal, on ne peut plus diminuer davantage les effectifs. Ca ne serait pas viable. »


Ambitieux malgré tout

À l'agence de Martigues, les journalistes de La Provence ont du pain sur la planche. Ils couvrent, à eux six, une zone de plus de 130 000 habitants. À Istres, ville de 45 000 âmes, un seul journaliste est en poste. Un effectif dérisoire face aux dossiers sociaux, économiques et environnementaux qu'offre la région, le premier centre pétrochimique d'Europe.

Même s'ils ont peu de temps, l'objectif des journalistes de l'agence est ambitieux : proposer, à l'ensemble des lecteurs de leur zone, la même qualité de l'information. Les enquêtes, ils en font quand ils peuvent, entre la mise en page des papiers des correspondants et les reportages quotidiens. D'ailleurs, depuis la mise en place de la nouvelle formule du journal, le 20 septembre dernier, ce sont des équipes de reporters du siège à Marseille qui s'en chargent. Eux, au moins, ont du temps devant eux.
Pourtant, Eric Goubert, le chef d'agence, ne désespère pas. Même si la direction ne répond pas favorablement à ses demandes d'effectifs supplémentaires, son équipe a un but : la qualité de l'information. Et pour l'instant, ils s'en sortent, tant bien que mal.

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Faire des enquêtes ? L'équipe aimerait bien, plus souvent. Mais le temps manque. Alors les journalistes alternent entre des dossiers effectués en quelques heures et de rares enquêtes réalisées sur le long terme.



Et si La Provence avait un vrai concurrent ? Cela pousserait-il la direction à encourager les enquêtes et donc à donner plus de moyens aux locales ? Pas si sûr, pour Eric Goubert...




Reste le problème principal : le manque d'effectifs. En attendant l'improbable arrivée d'un nouveau collègue, les journalistes s'attachent à renforcer ce qui fait vendre le journal : l'information de proximité.

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Alors, Paris Normandie et La Provence, même combat ? Les rédactions des locales courent souvent après le temps, agrippant au passage des bribes d'enquêtes et de témoignages qui se transformeraient bien en de bons gros dossiers. Pourtant, les directions rechignent à mettre la main à la poche, arguant d'un tirage toujours plus à la baisse et d'un budget toujours plus serré. Pas si sûr que les lecteurs attendent bien longtemps avant de prendre définitivement le large ...

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Edito - Novembre 2008

Notre grain de sel

A croire que nous n’avons rien de mieux à faire. A cette heure-ci, un tournant historique se profile aux Etats-Unis. La guerre fait rage en République Démocratique du Congo. Le Parti socialiste se cherche difficilement un leader. Et nous, étudiants en journalisme, ne trouvons à parler que de… journalisme.
C’est que nous avons notre mot à dire sur la question. Pas par plaisir de nous regarder le nombril. Quelques mois avant de devenir journalistes à notre tour, nous nous payons le luxe de prendre de la distance sur notre métier, d’entrer dans les coulisses des médias. De ne pas nous contenter, en somme, de ce que ceux-ci proposent chaque jour : l'information sur un plateau, les pieds sous la table.

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